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Accueil › Nos articles › Aéro-spatial › Défense › Paris-Berlin : haute tensionAuteur
Par Sylvain Etaix
Publié le - Mis à jour le
Jamais depuis l’arrivée à la Chancellerie de Friedrich Merz le 6 mai 2025, les relations entre Paris et Berlin n’auront été aussi tendues. Désaccords sur le Mercosur et les eurobonds, rapprochement Berlin-Rome, SCAF… Les sujets de tensions sont légion alors que les diagnostics aux maux de l’époque sont connus et partagés : le besoin d’une Europe puissance et souveraine sur le plan économique et de la défense. Ce sont les remèdes qui diffèrent. De tous les dossiers, c’est surtout le SCAF qui cristallise l’attention. Incapables de trouver une solution aux tensions entre Dassault et Airbus, Paris et Berlin ont tenté de trouver un plan B avant d’afficher publiquement leurs désaccords. Le Système de combat aérien du futur devait être le symbole de la convergence franco-allemande. Il est en passe de devenir celui de l’échec bilatéral.
Mi-février, Friedrich Merz annonçait que l’Allemagne était prête à se tourner vers d’autres partenaires (Londres, Rome et Tokyo qui travaillent sur un autre projet d’avion au sein du consortium GCAP). Il actait quasi-officiellement la fin du projet SCAF, lancé en 2017. « Les Français ont besoin d’un avion capable de transporter des armes nucléaires et d’opérer à partir d’un porte-avions. Ce n’est pas ce dont nous avons besoin actuellement dans l’armée allemande », a expliqué le Chancelier dans le podcast Machtwechsel. F. Merz semble céder à la pression des industriels allemands de l’aéronautique et à une partie de la classe politique qui plaident pour que l’Allemagne abandonne le projet et opte pour le choix de développer son propre avion de combat, tout en préservant un partenariat avec Paris dans le cloud, les drones et la dissuasion nucléaire. L’Elysée a immédiatement réagi en rappelant la portée politique du SCAF, au-delà même du programme d’armement. « Le projet SCAF touche à la nature même de la relation franco-allemande. L’enjeu dépasse la technique » analyse Paul Maurice de l’IFRI (p.25). Le 25 février, Tom Enders discréditait l’option d’un avion de combat propre à l’Allemagne, dans une tribune accordée à la presse régionale allemande. Selon l’ancien patron d’Airbus, le projet SCAF de 2017 « était une erreur stratégique ». A l’avenir, un avion 100 % allemand « serait trop coûteux et absorberait une large partie du budget défense pendant plusieurs décennies et n’apporterait rien à la force de frappe de l’armée de l’air allemande, même à moyen terme ». Selon lui, il faut davantage miser sur « des systèmes de drones autonomes hautement intelligents ».
48 heures après le déclenchement de la guerre en Iran par Israël et les Etats-Unis, depuis la base de l’Île Longue, Emmanuel Macron a dévoilé une nouvelle doctrine de dissuasion nucléaire « avancée », présentée comme une « évolution majeure ». Dans le contexte international actuel, un « durcissement » de l’arsenal nucléaire français est « indispensable ».
Dans la lignée de ses prédécesseurs, le président français s’est dit prêt à intégrer « une dimension européenne » à la dissuasion nucléaire française tout en rappelant qu’il n’y aura « aucun partage de la décision ultime ». Parmi les 8 premiers pays européens intéressés par la « dissuasion avancée » de la France, l’Allemagne est « un partenaire clé ». A l’initiative de Friedrich Merz, des « discussions confidentielles » avaient déjà été initiées. Dans un communiqué commun publié après le discours du chef de l’état français, Paris et Berlin ont annoncé leur volonté de « renforcer leur coopération en matière de dissuasion en réponse à l’évolution des menaces » et le lancement « d’un groupe de pilotage nucléaire de haut niveau qui servira de cadre bilatéral pour le dialogue doctrinal et la coordination de la coopération stratégique ». Autre annonce : une coopération tripartite entre Paris, Berlin et Londres « sur des projets de missiles de très longue portée » dans le cadre de l’initiative European Long Range Strike Approach (ELSA) lancée en 2024 et à laquelle participent aussi la Suède, l’Italie et la Pologne. La coopération entre Européens est une évidence.
Du côté business, dans un contexte général de manque de compétitivité européenne, la France et l’Allemagne demeurent (40 % du PIB de l’UE) les deux poids lourds de l’Europe. En 2025, l’Allemagne (avec 162 Mds d’euros de flux) reste le premier partenaire commercial de l’Hexagone qui est le second débouché mondial derrière les Etats-Unis (et premier européen) du Made in Germany, avec 117 Mds d’euros d’exportations (source IHK). En 2025, l’Allemagne est devenue le premier investisseur en France en nombre de projets (et deuxième en création d’emplois derrière les Etats-Unis, source Business France). La relation économique bilatérale demeure dense : en témoignent les quelques 270 entreprises qui sont répertoriées dans ce 19e Hors-série. Si politiquement, les relations sont actuellement complexes, les acteurs économiques envoient un signe fort : la dynamique franco-allemande existe et contribue à cette Europe puissance tant recherchée.
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