Économie allemande : pas encore de croissance en vue

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Par Cécile Calla

Publié le - Mis à jour le

Face aux difficultés conjoncturelles actuelles, les partis au pouvoir peinent à prendre les mesures nécessaires pour aider l’économie à surmonter le choc de la guerre en Ukraine et à poursuivre sa transformation.

Économie allemande : pas encore de croissance en vue

 

La perspective du retour à la croissance n’est toujours pas en vue pour la première économie de la zone euro. La croissance va rester négative au troisième trimestre, a annoncé la Bundesbank, la banque fédérale allemande dans son bulletin mensuel publié le 18 septembre dernier. En cause, la faible consommation des ménages et le niveau encore trop bas de la production industrielle. Le renchérissement des taux d’intérêt en lien avec une inflation qui reste élevée ( 6,1 %) en août, constitue un autre obstacle qui pèse notamment sur le secteur de la construction en grandes difficultés depuis plusieurs mois.

L’Allemagne est donc, avec l’Argentine accablée de dettes, le seul grand pays industrialisé que les experts de l’OCDE voient entrer en récession cette année. Ils s’attendent à un recul de la performance économique allemande de 0,2 %.

Pour autant, nombre d’experts refusent de souscrire à l’idée d’un déclin économique du pays, soulignant la bonne santé des finances publiques et le niveau bas du chômage. Cependant, des réformes supplémentaires pour accompagner la transformation de l’économie allemande face au tournant énergétique et absorber le choc causé par la guerre en Ukraine s’imposent.

Un véritable changement de cap

Une première base a certes été posée lors du séminaire gouvernemental de Meseberg fin août. « Il faut un véritable changement de cap dans la politique économique et industrielle qui renforce le pays. L’absence de tout instrument permettant de réduire les charges liées aux coûts de l’électricité dans la situation difficile actuelle est fatale » a souligné Tanja Gönner, directrice générale de la puissante fédération allemande de l’industrie (BDI).

Les industriels réclament une baisse de la taxe sur l’électricité au niveau européen minimum et un tarif plafonné de l’électricité pour les secteurs de l’économie très consommateurs en énergie pour une durée limitée. « Il faut un tarif industriel pour l’électricité- sans quoi de nombreux emplois vont partir à l’étranger », a plaidé dans ce sens le quotidien Süddeutsche Zeitung. En proie à de nombreux conflits entre les trois partis au pouvoir (SPD, Verts et les libéraux du FDP), le gouvernement fédéral peine à répondre à ces demandes.

Le chancelier social-démocrate Olaf Scholz et le ministre de l’économie, le vert Robert Habeck soutiennent cette mesure et proposent d’utiliser l’argent qui reste du Fonds de stabilisation économique (WSF) mis en place pendant la pandémie. Mais ils se heurtent au refus du ministre des finances Christian Lindner du parti FDP. Un seul compromis semble s’esquisser actuellement au sein de la coalition gouvernementale tripartite : le prolongement du frein énergétique jusqu’en avril 2024, instauré début 2023 pour aider les ménages et les entreprises à faire face à l’envolée des prix de l’énergie suite au déclenchement de la guerre en Ukraine.

 

« Le prix de l’électricité industrielle est nécessaire, car sans lui, de nombreux emplois partent à l’étranger »