“Unis on gagnera, divisés on perdra”

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Par Bénédicte de Peretti

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Bénédicte Perreti, Präsidentindes Deutschlandkomitees der Conseillers du Commerce Extérieur de la France

Bénédicte de Peretti, Präsidentin des Deutschlandkomitees der Conseillers du Commerce Extérieur de la France

Plus que jamais, nous avons besoin d’un tandem franco-allemand qui fonctionne et fasse avancer l’Europe. Et pourtant, depuis quelques semaines, des questions se posent. À peine la « préférence européenne » a-t-elle été mise sur la table que les tensions nationales, les accusations de protectionnisme et les hésitations ont refait surface. Comme si l’Union européenne acceptait l’objectif de souveraineté… à condition qu’il reste théorique. La controverse révèle avant tout un fossé récurrent

D’un côté, la France pousse pour une Europe puissance, qui protège ses industries stratégiques et conditionne ses investissements à une production européenne. De l’autre, l’Allemagne, forte de son modèle exportateur et de ses chaînes de valeur mondialisées, redoute qu’une préférence trop explicite ne
se transforme en barrière coûteuse, voire en déclencheur de représailles commerciales.

Dans ce jeu d’équilibres, Paris apparaît souvent comme l’aiguillon, Berlin comme le frein — et l’Europe, comme l’arbitre hésitant de ses propres ambitions. Le résultat est un débat où l’objectif fait consensus, mais où les moyens divisent : tout le monde veut une autonomie stratégique, mais chacun espère
qu’elle n’exigera pas de renoncements. La querelle autour de la préférence européenne en dit ainsi beaucoup de la contradiction centrale de l’Union : elle aspire à peser, mais continue de tergiverser dès qu’il faut choisir entre le confort du marché ouvert et les exigences d’une véritable puissance économique. Et pourtant avec nos 450 millions d’Européens face aux 360 millions d’Américains nous ne devrions pas avoir de complexe. Mais l’Europe est incapable de profiter de tous ses atouts faute d’avoir su parachever sa construction dans les domaines économiques et financiers, et encore moins intégrer sa politique étrangère et de défense. Pourquoi les entreprises européennes les plus innovantes sont-elles contraintes de se financer sur les marchés d’Outre atlantique alors que nous finançons la plus grande part de leur déficit abyssal ?

Réveillons-nous ! Plusieurs grands industriels allemands, comme le patron de Bosch, de ThyssenKrupp, de Daimler Truck, ont signé la Tribune lancée par le commissaire européen chargé du Marché intérieur et des services, Stéphane Séjourné, en faveur d´une politique industrielle plus ambitieuse et une préférence européenne. Antonio Filosa, le DG de Stellantis, et Olivier Blume, le patron de Volkswagen, ont aussi pris la plume pour demander la mise en place d’un « bonus CO2 » pour les véhicules fabriqués en Europe, afin de garantir une concurrence loyale. « Les constructeurs qui ancrent la majeure partie de leur production en Europe doivent bénéficier d’un soutien compensant au moins les surcoûts liés à la localisation », ont-ils réclamé. Plusieurs fédérations industrielles allemandes ont emboité le pas en faveur d’une politique européenne qui donne la priorité aux entreprises locales.

« Nous ne céderons pas au chantage »

Puisque nous sommes d’accord sur le constat, il nous faut enfin trouver une réponse commune claire au lieu de donner l´impression de s’opposer. La préférence européenne doit devenir un pilier stratégique de la compétitivité de l’Union et un moteur de sa réindustrialisation.

« Nous ne céderons pas au chantage. L’Europe donnera une réponse claire et unanime. Nous préparons actuellement des contre-mesures concertées », avait déclaré en janvier le ministre allemand des finances Lars Klingbeil. Dans un document commun, Rome et Berlin ont assuré soutenir « des règles de préférence européenne dans des secteurs cruciaux et stratégiques, tout en prenant en compte nos intérêts en matière de politique commerciale et ceux de nos partenaires les plus proches ».

Dont acte ! Il faut savoir prendre des risques et avoir une vision. Ce qui se passe aujourd´hui en Chine et les difficultés qui en résultent pour de nombreuses entreprises allemandes étaient prévisibles depuis de nombreuses années. Espérons que fin mars lors de la prochaine rencontre européenne au sommet, on en sortira avec une réponse claire et unie. Pour le bien de tous les Européens. « Unis on gagnera, divisés on perdra ».

Avec ses 450 millions de citoyens et ses 27 pays, l’UE est une puissance. Nous mettrons cette force à profit, y compris face à Trump.
Lars Klingbeil, ministre allemand des finances, dans un entretien au Spiegel