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« La plus grave crise de l’industrie automobile depuis l’invention de la voiture »

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Par Sylvain Etaix

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©Acteurs du franco-allemand Michel de Rosen, Président du Conseil d’administration de l’équipementier Forvia

©Acteurs du franco-allemand Michel de Rosen, Président du Conseil d’administration de l’équipementier Forvia

Le 17 mars dernier, de grands acteurs de la filière automobile européenne ont débattu sur les récentes annonces (l’Industriel Accelerator Act) de la Commission européenne. Durant cette soirée organisée par le CEFA et la CFACI, Michel de Rosen, Président du conseil d’administration de l’équipementier Forvia (Ex filiale de PSA Peugeot Citroën) n’a pas mâché ses mots. Selon lui, « l’industrie automobile traverse la pire crise de son histoire depuis l’invention de la voiture. La crise financière de 2008 n’était rien en comparaison de ce qui se passe aujourd’hui » avertit-il. Les mesures visant à favoriser une production européenne vont dans le bon sens mais elles doivent impérativement s’accompagner de mesures de compétitivité, totalement absentes des débats aujourd’hui. Ses propositions : supprimer l’impôt de production, “absurde” et revenir sur les 35h.

Entreprise franco-allemande depuis le rachat d’Hella en 2022 pour 5,3 Mds d’euros (à l’époque sous le nom de Faurecia), Forvia figure selon les années dans le Top 3 ou le Top 5 des équipementiers automobiles mondiaux. Le groupe aux 137 500 salariés n’a pas été épargné par la crise. Depuis 5 ans, son cours en bourse a dévissé de plus de 75%. Forcément, la prise de parole de son dirigeant était attendue. Michel de Rosen a dressé un constat lucide de la situation. Interrogé sur les annonces de Bruxelles du 4 mars, il répond : « Enfin! Il est temps pour l’Europe de bâtir une politique qui permette à l’industrie européenne de se battre à armes égales avec nos concurrents. Chine, Etats-Unis, Inde, tous nos compétiteurs ont mis en place une stratégie de contenu local ». L’Europe « doit arrêter de faire l’autruche et de nier les réalités ». Et de rappeler que l’idée d’un contenu local a été portée initialement par Christophe Périllat, directeur général de Valéo, et que ce n’est pas « du protectionnisme à la française » comme il a pu l’entendre parfois de l’autre côté du Rhin. L’Europe doit s’adapter en urgence aux nouvelles réalités. « En 1995, la production industrielle chinoise représentait 5% de la production industrielle mondiale. Tous secteurs confondus, toutes industries confondues. En 2025, elle représente 35% de la production industrielle mondiale. Et ce pourcentage augmente de 1% par an. C’est un mouvement massif qui est en train de se produire » insiste-t-il. Et si l’Europe ne veut pas devenir « seulement une destination touristique », il y a urgence à restaurer la compétitivité.

 

Des usines ferment les unes après les autres. Des dizaines de milliers d’emplois en Europe ont été supprimés. Ce sera bientôt des centaines de milliers d’emplois qui seront supprimés si rien n’est fait.

« Des usines ferment les unes après les autres. Des dizaines de milliers d’emplois en Europe ont été supprimés. Ce sera bientôt des centaines de milliers d’emplois qui seront supprimés si rien n’est fait ». Le patron de l’équipementier parle en connaissance de cause : en 2024, Forvia a annoncé un plan « d’adaptation », EU Forward, pour réduire son empreinte industrielle européenne devenue surcapacitaire, face à une demande en berne. Au total : 10 000 suppressions d’emplois d’ici 5 ans pour 500 millions d’économies escomptés.
L’IAA de la Commission est un début de sursaut mais reste largement insuffisant. « Les Européens ont l’ambition d’être un continent aussi industriel mais il faut une stratégie de compétitivité en plus du contenu local ». Sans cela, point de salut pour l’industrie automobile européenne.

« Il faut une stratégie de compétitivité , en plus du contenu local »

Selon Michel de Rosen, constructeurs et équipementiers doivent aussi agir de concert. « Si nous nous battons les uns contre les autres, nous allons mourir. Nous devons bâtir ensemble pour gagner ensemble. Il faut une stratégie de compétitivité en plus d’une stratégie de tissu industriel local. Sinon, les voitures européennes seront trop chères,

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