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Accueil › Nos articles › Transition Numérique › Digital › Coopérer pour exister !Auteur
Par Sylvain Etaix
Publié le - Mis à jour le

© Quantum Day 2026, Paris, 12 mai 2026. Ambassade d’Allemagne. Quantum Day franco-allemand 2026 Tous les acteurs du Dialogue quantique franco-allemand en présence de Stephan Steinlein, Ambassadeur d’Allemagne en France, et d’Alexandra-Gwyn Paetz, Directrice générale chargée de la souveraineté technologique et de l’innovation au ministère fédéral de la Recherche, de la Technologie et de l’Espace.
Bonne nouvelle : le 28 mai, la pépite tricolore de l’IA (valorisée 12 Mds €, 75 % de son chiffre d’affaires de près de 1 Md € est réalisé en Europe), a annoncé, en plus de son partenariat avec SAP (lequel a annoncé 400 M € d’investissement en France), de nouveaux accords avec de grands acteurs européens dans l’IA industrielle : Airbus, BMW, EDF, Stellantis ou encore TotalEnergies, SNCF et Veolia. Autre bonne nouvelle (pour la France) : les 93 Mds € d’investissements annoncés à Choose France le 1er juin, principalement dans l’IA et la tech, dont 75 Mds du fonds japonais Softbank dans les data centers.
Que peuvent faire les Européens pour exister dans le nouvel ordre mondial dicté par les acteurs du numérique tout en veillant à ce que cette révolution IA soit encadrée, au service de l’humain et respecte nos valeurs démocratiques ? Jouer collectif ! Passer du mode compétition au mode coopétition. Les acteurs du Dialogue quantique franco-allemand semblent être en ordre de marche. « Nous devons arrêter de nous mettre des bâtons dans les roues » résume Karsten Wildberger, Ministre fédéral du Numérique et de la Modernisation de l’Etat. « Nous devons construire des positions communes fortes » abonde son homologue française Anne Le Hénanff (p 10). Comment faire ? « Rapprocher nos écosystèmes de l’innovation », idée portée par les deux ambassadeurs, Stephan Steinlein et François Delattre dans une interview commune exclusive.
Nous avons décidé de donner la parole aux « 30 acteurs qui font l’innovation franco-allemande ». Qu’ils soient CEO ou membres du comex de grands groupes, de start-up ou scale-up, de centres de recherche publics, de consortiums ou d’établissements financiers (fonds d’investissement, banques d’affaires), chacun participe à construire cette souveraineté digitale européenne tant recherchée. Par leur engagement pour le “franco-allemand” dans des domaines stratégiques (infrastructures, IA, cybersécurité, spatial, défense, quantique etc.), ils contribuent à enrichir l’écosystème franco-allemand de l’innovation et à réussir le passage à l’échelle nécessaire afin de créer de futurs champions européens. Dans le quantique, avec Quandela, Bull, ou encore SiPearl, l’Europe dispose d’une puissance de calcul locale. La connexion programmée des deux superordinateurs exascales les plus puissants d’Europe (Jupiter à Jülich et Alice Recoque au CEA à Bruyeres-le-Chatel) créera la première gigafactory virtuelle d’Europe. « D’ici cinq ans, nous pouvons atteindre 80 % de valeur européenne dans les supercalculateurs » assure Emmanuel Le Roux, CEO de Bull qui, comme l’ensemble de ses pairs, parie fortement sur la complémentarité franco-allemande, tout en renforçant ses partenariats internationaux (Foxconn).
Tous ces dirigeants sont unanimes : l’Europe a les talents, les innovations, les entrepreneurs qui savent prendre des risques. Mais elle est trop fragmentée, trop régulée. Pour faire émerger des champions européens et mondiaux, il manque les financements privés, une meilleure allocation de l’épargne européenne abondante (13 000 Mds €) pour renforcer le financement des start-up. La création du marché européen des capitaux est une nécessité. Et il faut un marché. La commande publique de services numériques européens doit être au rendez-vous. Pour Philippe Oddo, associé gérant et CEO du groupe ODDO BHF, « la tech peut donner ce nouveau souffle au tandem franco-allemand » qui en a grand besoin. Et l’Europe peut relever le défi digital. D’autant qu’à Bruxelles, la Commission semble enfin avoir pris la mesure du risque de vassalisation numérique en jouant la carte du “Made in Europe”. Le plan de 200 Mds € d’investissement annoncé le 3 juin est une réponse à la dépendance croissante du vieux continent aux GAFAM. Le projet de texte instaure une échelle de souveraineté à quatre niveaux pour le secteur public selon la sensibilité des données à protéger. Surtout, face à la crainte de plus en plus forte des Européens de se voir couper l’accès à des services numériques critiques (“kill switch”), il acte l’impossibilité pour un pays tiers d’accéder aux données ou de stopper la fourniture du service
numérique. La protection des données dans le secteur de la défense et des services régaliens est également au coeur du paquet réglementaire dont l’adoption devra prendre à minima un an. Bruxelles se défend de tout antiaméricanisme. Mais c’est bien de cela dont il s’agit. Des représailles de Donald Trump ne sont pas à exclure.
La question n’est pas de savoir si l’Europe peut rivaliser avec les acteurs américains mais comment elle peut le faire. Si elle ne le fait pas, elle perdra sa voix au chapitre dans le concert des Nations.
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