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Accueil › Nos articles › Coopération › Berlin se tourne vers Rome, au détriment de Paris ?Auteur
Par Sylvain Etaix
Publié le

©Acteurs du franco-allemand Illustration édition février 2026
La veille, le 22 janvier, nombreux étaient les acteurs de la société civile et les partisans de la relation franco-allemande à célébrer ci-et-là l’esprit du Traité signé en 1963 entre le général de Gaulle et Konrad Adenauer. En 2026, l’Allemagne cherche à diversifier ses soutiens face à une France paralysée. Un nouveau moteur bi-temps germano-italien se dessine pour relancer l’Europe dans le désordre mondial provoqué par le nouvel impérialisme américain, dont Davos a été la dernière séquence.
Etonnant ? Pas vraiment. Les sommets germano-italiens ne sont pas une nouveauté. La France entretient également d’étroites coopérations avec son voisin transalpin. Et la relation franco-allemande est de moins en moins exclusive avec la multiplication de formats tri (format Weimar) ou multilatéraux en fonction des dossiers. Mais. outre la symbolique du 22 janvier, date choisie à Davos par le chancelier allemand pour annoncer ce partenariat avec Rome, ce sommet Rome-Berlin coïncide avec une séquence de blocage ou de surplace de l’agenda franco-allemand. Le revirement du président français sur le Mercosur le 8 janvier alors qu’il s’était déclaré « plutôt positif » lors d’un déplacement au Brésil en novembre dernier n’a pas été digéré à Berlin. Depuis, malgré les fréquentes réunions avec le Président Macron, souvent au sujet de l’Ukraine, de la défense européenne (le dernier en date le 22 janvier à Bruxelles), le Chancelier prend ses distances avec son partenaire historique. Et l’Allemagne recherche un partenaire économique fort partageant les mêmes intérêts. La France ne semble plus remplir ces critères. Ces derniers temps, la relation franco-allemande s’est distendue, crispée, au gré de profonds désaccords sur des sujets éminemment stratégiques (SCAF, Mercosur et méthodes de soutien à l’Ukraine) qui ont manifestement laissé des traces.
Lancé en 2017 par Emmanuel Macron et Angela Merkel, le Système du combat du futur (SCAF), devait être le symbole de la coopération bilatérale. Il risque de devenir le symbole de l’échec franco-allemand. Paris et Berlin sont dans l’incapacité de régler la question de la gouvernance industrielle et de faire en sorte que Dassault et Airbus trouvent un compromis. « Des discussions sont en cours au plus haut niveau aux ministères des Armées et de la Bundeswehr » explique une source proche du chancelier que nous avons rencontrée mi-janvier. Mais l’hypothèse d’une solution à court terme parait peu réaliste.
Sur le Mercosur, la France, sous la pression des agriculteurs montés à Paris et en pleine crise de la dermatose nodulaire, a affiché son opposition au grand dam de l’Allemagne qui voit en cet accord un débouché inespéré pour le Made in Germany et son industrie automobile moribonde, en quête de nouveaux marchés (en cela, l’accord commercial signé entre l’Union européenne et l’Inde il y a quelques jours redonne du baume au cœur des industriels allemands). Malgré la saisine de la Cour de justice européenne par les eurodéputés, le Chancelier, tout comme Ursula van der Leyen, s’est montré déterminé à faire aboutir l’accord.
Dernier acte de la crise conjugale : le Groenland. Après l’envoi symbolique de militaires de huit pays européens (dont la France et l’Allemagne) sur le « bout de glace », Merz n’avait aucune envie de brandir l’arme anti-coercition de l’UE contre les Etats-Unis par crainte de nouvelles représailles douanières sur les automobiles allemandes. L’Allemagne est beaucoup plus dépendante des États-Unis que la France, argumente le chancelier.
Dans l’entourage de Merz, l’instabilité politique d’une France ingouvernable et incapable de réduire sa dette, inquiète de plus en plus. Equilibre budgétaire, croissance et compétitivité… Pragmatiques, les Allemands n’oublient pas leurs fondamentaux. Qu’ils croient trouver aujourd’hui chez nos voisins transalpins. « L’Italie a remis en ordre ses comptes publics. Si la France ne veut pas que les Allemands jouent à aller courtiser les autres, elle devrait aussi régler ses problèmes » a taclé Sylvie Goulard, ex Ministre des Armées et actuelle présidente du DFI à Ludwigsburg lors d’un débat sur l’avenir de la relation franco-allemande, organisé par l’IFRI le 22 janvier.
Les Français ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes. Merz veut un partenaire fort sur lequel s’appuyer pour faire passer ses réformes (marché des capitaux, financement de l’innovation, débureaucratisation, etc.) afin de faire de l’Europe une zone économique de nouveau compétitive. Un Macron affaibli sur le plan intérieur et qui arrive à bout de mandat n’incarne plus le partenaire fort sur qui compter. D’autant que les perspectives de voir le RN à l’Elysée ne prédisent rien de bon pour l’avenir de la coopération bilatérale. Pour Berlin, Giorgia Meloni est la figure montante en Europe. Depuis 3 ans qu’elle dirige le pays, l’Italie a redressé ses comptes publics (moins de 3 % du PIB cette année), rattrapé son retard de croissance sur la France et relancé ses exportations (l’Italie est le 3ème exportateur mondial). Son tissu économique ressemble à celui de l’Allemagne : beaucoup d’entreprises familiales qui exportent aux quatre coins du monde. L’Allemagne est le premier partenaire de la botte et l’Italie est un important fournisseur pour l’appareil productif allemand.
Certains économistes ne partagent pas cette vision, à l’instar de l’Italien Tito Boeri pour lequel, il n’y a pas eu de miracle économique italien depuis 2022 (tribune au monde le 28 janvier) et l’arrivée au pouvoir de Giorgia Meloni. La bonne tenue de l’économie transalpine tient essentiellement au transfert des fonds européens post Covid investis dans des infrastructures publiques. Une manne qui n’est pas éternelle.
Sur le plan international, Meloni a les faveurs de Trump. La dirigeante d’extrême droite fait tout pour. Sa bienveillance envers le président américain (elle souhaite que le prix Nobel lui soit décerné) fait de l’Italienne une alliée de circonstance pour Berlin plus à même de maintenir une bonne relation avec le président américain. D’autant qu’elle plaide pour l’accord commercial avec le Mercosur.
Sans se substituer à la France, ce dont elle s’est publiquement défendue, Meloni repositionne l’Italie, souvent mise à l’écart de la relation Paris – Berlin depuis un demi-siècle, au centre de l’échiquier européen.
Reste que le chancelier allemand joue avec le feu en s’alliant avec la dirigeante italienne à la tête d’un parti post-fasciste, alors qu’il lutte lui-même contre la montée inexorable de l’Afd dans son pays. Jusqu’où un tel rapprochement politique peut-il conduire ?
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