Quelle Europe voulons-nous ?

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Par Sylvain Etaix

Publié le - Mis à jour le

2023 s’est terminée par la disparition de deux figures historiques de la construction européenne, de la démocratie et de l’amitié franco-allemande : Wolfgang Schäuble et Jacques Delors. Père de l’austérité et de la rigueur budgétaire outre-Rhin, Wolfgang Schäuble a été à l’initiative de l’Assemblée Parlementaire Franco-Allemande (AFPA), « unique au monde, et qui relève du miracle » selon Brigitte Klinkert, la co-présidente du bureau de l’APFA (p 6). Jacques Delors, « qui a réconcilié l’Europe avec son avenir » selon Emmanuel Macron, a poursuivi toute sa vie durant l’œuvre des pères fondateurs de l’Europe : Robert Schumann et Jean Monnet.

Delors et Schäuble avaient une foi et une conviction inébranlables en l’Europe des peuples. Le premier a créé l’Euro (qui fête cette année son 25e anniversaire), le second l’a sauvé. Ils s’en vont à l’heure où l’idéal européen qu’ils défendaient est mis à mal par la montée des populismes partout en Europe. Combattre le RN « jusqu’au dernier quart d’heure », tel a été le principal message d’Emmanuel Macron lors de sa conférence de presse du 16 janvier. Le locataire de l’Elysée redoute une chose : que Marine le Pen lui succède en 2027. « Nous entrons dans une zone de danger… le FN est le parti du mensonge et de l’appauvrissement collectif, le parti de la colère facile. Ne nous habituons pas ». Même tendance outre-Rhin où l’AfD caracole en tête dans les sondages et se présente de plus en plus comme un parti « respectable », notamment auprès des jeunes.

« 2024 sera l’année de l’essor franco-allemand »

Les élections européennes seront déterminantes pour l’avenir de notre continent. Le 9 juin, c’est l’Europe de 2030 qui se jouera dans les urnes. Alors, quelle Europe voulons-nous ? Données vainqueures dans les sondages, les extrêmes droites européennes ont-elles déjà gagné la partie ? Ou est-ce qu’un sursaut citoyen et de la jeunesse européenne (en Allemagne, les jeunes pourront voter dès 16 ans) empêcheront la victoire du camp des eurosceptiques du groupe ECR et les partis d’extrême droite d’ID ? J’appartiens à la génération Erasmus. Ce programme de mobilité m’a permis d’étudier en Allemagne. Sans cette opportunité d’échange et d’ouverture, jamais je n’aurais créé votre média. L’abstention et la tentation du vote sanction font le jeu des extrêmes, dont l’objectif se résume ainsi : la déconstruction européenne. Réveillons-nous, aux urnes citoyens européens !

Citoyens d’Europe, réveillons-nous et allons voter !

Image dégradée au Sud, minée par une guerre dont personne n’entrevoie d’issue, manque de compétitivité dans la course mondiale aux subventions, l’Europe doit se donner un nouvel élan comme elle a su le faire aux plus belles heures de sa construction. Pour cela, elle doit retrouver un moteur puissant. Brigitte Klinkert et Nils Schmid (le co-président allemand de l’AFPA), en sont convaincus. « 2024 sera l’année de la relance franco-allemande ». Désir ou réalité ? Prévue au printemps prochain, la visite d’état d’Emmanuel Macron en Allemagne (après le report de celle de juillet dernier) apportera peut-être un premier élément de réponse.

En France, ce début d’année a été marqué par le remaniement gouvernemental, avec la nomination du plus jeune Premier Ministre de la Ve République, Gabriel Attal (34 ans). En Allemagne, la coalition a démarré 2024 dans la tourmente sociale (cheminots, agriculteurs) et avec la défiance du monde des affaires dans un contexte récessionniste. Le moteur franco-allemand devra se dégripper et se montrer dans une forme olympique pour relever les multiples défis à venir. Source d’espoir : la densité des échanges économiques bilatéraux. Plus de 300 entreprises ont marqué l’actualité franco-allemande au second semestre 2023. Vous retrouverez toute cette riche actualité dans ce 15e Hors-Série.

Bonne lecture !